Il est un peu tard pour faire semblant de dormir trop
Ni vrai rythme, ni phorisme
Le désir me retourne comme une crèpe au stupre
J’ai collé ma libido sur ma jambe en l’air
Je n’aurais plus jamais peur des clous fantômes
Inutile d’insister légèrement
Il est un peu tard pour faire semblant de dormir trop
Ni vrai rythme, ni phorisme
Le désir me retourne comme une crèpe au stupre
J’ai collé ma libido sur ma jambe en l’air
Je n’aurais plus jamais peur des clous fantômes
Inutile d’insister légèrement
Les jours à
l’arrache
Passés comme des trains de nuit
Le voyageur immobile où je suis
Perdu sur le quai de ma vie
Peu importe le temps qui s’entasse
La mort qui flaire ma peau
Les souvenirs demain matin
L’avenir dans le dos
Il y a toujours le soleil
Derrière les nuages là-bas
Les merveilleux oiseaux
Et le vent qui s’efface
C’est la vie
Qui est toujours
Gagnant.
Lennon est mort ce soir
Tué par sa guitare
Ou par un révolver à capsules
Dernier petit écho de la presse
Pour un héros de la classe ouvrière
Imagine le bruit que ça fait
Lucie dans le ciel épinglée
Tout le pouvoir est au peuple
Définitivement.
La mer est un parfum que la marée marine.
Il n’y a pas de fumée sans queue.
Les lendemains qui chantent me tuent.
Il faut savoir faire son ennui.
Les cons méritent souvent qu’on leur tire la langue.
Dans le foutre je m’abstiens.
Rêver c’est déserter la nuit.
Je ne crie pas plus sur le dos.
Des pieds et des mains c’est trop.
Plus je vieillis plus je suis concerné
La femme est le meilleur ami de l’homme
La réalité c’est mon lit quand il pleut
La côte de port c’est l’angoisse
L’éternité c’est long surtout quand on a faim
Les bons cons font les bonnes amies
Les absents ont toujours corps
Les enfants du Bon Dieu sont des cafards sauvages
A l’occasion je fais le marron
Tu as raison, il faut cesser d’écrire pour ne rien dire. Depuis des mois, j’écris peu : on ne comprend pas mon écriture et je ne comprends rien de ce qu’on m’écrit.
Le chien sait trouver partout des poubelles : les gens consomment énormément de poulet froid ! C’est une chance d’être ici quand il fait chaud et bleu et j’aime assez ce bout d’été qui nous reste quand le touriste est déjà parti et … les cigales aussi.
Je m’aperçois que le chien n’a plus que trois pattes (accroche-t-il des culs semestriels ?).
C’est amusant de t’écrire n’importe quoi. Je mange trop, l’hiver sera-t-il long ? le chien court après sa queue ou alors…
Il dit « après tout je suis chez moi » et il sauta dans le vide.
La mort a les yeux transparents de qui ne m’aime plus.
Je cultive un cancer doré dans mon soufflet-maison. Ma vie est un embrouillamini (elle joue avec ces mots qui ne servent à rien).
Embrouillamini… quel joli mot !
Une môme-pelleteuse, pour me corriger, me dit un jour : « avoir de l’esprit, c’est savoir cesser à temps d’en faire ! » Et je lui répondis que « faire de l’esprit, c’est jouer avec les mots pour leur rappeler leur innocence perdue ». Cela voulait dire ce que cela voulait dire et encore aujourd’hui. Allez vous faire comprendre avec ça ! Ceux qui n’écrivent pas sont des analphabètes et ceux qui se taisent …
Alors je vais m’installer en Ardèche. Pas sûr !? Je suis seul depuis si longtemps … j’ai appris que, seul c’est partout. Revenir ici, c’est plutôt pour prendre soin de moi … de mon corps, noué, ridicule, bouffi et réclamant trop souvent la mort pour en finir plus vite ! Ici, en Ardèche, je vais lui remettre la main dessus !
La mort c’est mon sperme quand je le regarde.
Le Robert du dico est mort le 11 Août. Bob Dylan inventera-t-il un dictionnaire ?
Assez ! je t’envoie ce courrier aujourd’hui demain, mais ne te fais pas d’illusion, j’écris pour moi ! Pour nous comprendre nous, il faudra trouver autre chose…. du temps…… un jour ou l’autre…. ça viendra !
17 Novembre 2010
A Veauche, où je ne suis plus retourné depuis... 35 ans !
Il n’y a plus cet espace et ce temps, entre les choses et les gens, les arbres et la terre, les maisons et les murs, entre le ciel et le bitume, entre la lumière et la nuit.
Les voitures ne passent plus, elles roulent devant. Les trains ne passent plus, non plus. Les humains vont en tous sens comme des fourmis qui ont perdu leur propre trace. Je ne reconnais plus mes itinéraires d’enfance ; ils se sont raccourcis jusqu’à disparaître. Ils ont été remplis d’un vide plein, d’un creux sans mémoire. La place où je jouais est un parking à bagnoles stupides dont les conducteurs ne sortent plus, parce qu’ils ne se connaissent plus. Quelqu’un a déposé une caravane morte dans le jardin où je cueillais des salades et des tulipes. La cour est bétonnée pour tuer la terre une dernière fois : je me souviens de mes écorchures aux genoux. La cité s’est transformée en lotissement à la dérive : il n’y a plus d’ouvriers dans les turnes, ils ne sont même plus exploités, ils s’exploitent tout seuls ! C’est étrange ce silence blanc venu de l’usine ; elle ne ronronne plus comme avant : on a coulé les fours demain matin. L’église aligne toujours ses briques malignes, mais elle est fermée : le pouvoir des curés est déchu, fini. L’école est encore ouverte aux milliers d’enfants qui ont usé leurs méninges et leurs culs sur ses bancs mais elle non plus n’a plus de taille, la cour est grande comme ma poche trouée. Je n’ai pas regardé du côté du petit Casino où Odette a sans doute, elle aussi, laissé des souvenirs fanés. Un soir je lui avais pris les deux mains dans les miennes pour être sur de la revoir à demain, et je n’étais pas fier de ce jeux de mots oiseux.
Puis je suis rentré dans notre appartement de la place Aristide Briand où, depuis 1975, d’autres avaient fait leur nid.
Là aussi mes souvenirs n’étaient pas à la taille des lieux : comment avais-je pu vivre ici avec tant d’espace dans la tête et aussi peu de surface réelle ! Dans ma chambre, un autre adolescent avait installé son fourbi électronique mais pas un livre… et le portrait du Che avait disparu. J’ai voulu voir la chambre des parents, qui fut toujours un mystère, pour y chercher le regard de Paul sur son presque dernier lit … et je n’ai rien vu : même la mort avait fichu le camp.
Je n’ai pas pris une seule photo ; il n’y a que les mots pour dire : le passé est un tunnel étroit où les trains ne circulent même plus !
Régime ?
Voici quelques trucs !
faire l’amour 3 fois par jour minimum – n’en sauter aucun
éviter le barbotage ou alors barboter intelligemment avec une collation d’eau de mer
accorder une large place à l’ivresse, consommer plus souvent des douceurs occultes
miser sur les équivalences : sexe = plaisir = jouissance. Les produits de beauté n’apportent pas autant de vrai repos : SOYONS SALES !
modérer sa consommation d’écriture. Il n’existe pas de littérature légère.
ne pas espérer maigrir en mangeant de la margarine , elle contient autant de calories que le foutre de guerre
consommer un baiser à chaque repas ( y compris au petit déjeuner) c’est l’unique façon de couvrir les besoins de friction à tous les âges de la vie
varier les éclairages aussi souvent que possible – essayer des sons nouveaux
aimer dans le calme et consacrer du temps à baiser
et surtout ne pas oublier de se faire plaisir
Je ne parlais pas à mon père. Il ne me parlait pas.
Tout de même, j’ai gardé le souvenir de quelques rares moments où il s’est adressé à moi. Mais je ne me souviens d’aucune véritable conversation entre nous.
Mon père était ni tendre, ni dur avec moi. Ni proche, ni distant. Mais il était doux, ne m’a jamais frappé; il me regardait, comme de loin, avec un regard doux mais un regard ailleurs.
Je crois qu’il m’aimait beaucoup mais il n’avait jamais été question de me le faire savoir.
Il y avait, quasiment chaque semaine, un moment délicieux que nous passions ensemble: l’heure du tiercé, le dimanche matin.
Le dimanche commençait tôt car il fallait se rendre en famille à la première messe de 7 Heures. (la messe de 10H était trop chargée de monde et trop endimanchée, trop longue, interminable )
A 7H du matin on y croisait, les commerçants, les ouvriers en poste, les bigotes qui commençaient leur série dominicale, et ceux qui comme nous voulaient en finir vite avec cette corvée pour mieux profiter du dimanche..
Après la messe, ma mère et mes soeurs rentraient à la maison pour de nobles et simples tâches ménagères (préparer le repas du dimanche qui était toujours un repas de fête, même sans raison spéciale, et malgré les modestes moyens financiers de la famille...)
Je restais donc avec mon père au bistrot du village où il préparait son tiercé.
On me servait invariablement un minuscule verre de grenadine. A cette époque, ce sirop était vraiment très rouge et très fort au goût. Je savourais ce verre à petites lampées comme un liqueur en jouant avec une petite voiture ou... avec rien. J’observais. J’étais d’une timidité totale et cela se voyait car personne alors ne m’adressait la parole. Mais j’étais bien. Mon père me surveillait d’un oeil. Il buvait avec ses amis du vin en chopine. Il ne devait pas boire beaucoup ; ils étaient calmes et plutôt silencieux, ne s’apostrophant que pour quelques plaisanteries que je ne comprenais pas.
Rien n’est plus important aujourd’hui, AU FOND DE MOI, que la mort de mon père parti sans un mot en héritage.
Et pourquoi n’a-t-il rien dit pendant les longs mois de sa maladie ?
Pourquoi ne suis-je pas en possession du moindre mot écrit de sa main ?
Il faudrait que je demande à ma mère de me donner, si elle le peut, quelques mots, quelque exemplaire de son écriture.
Aujourd’hui, je n’écris (grâce à cette magnifique prothèse informatique) que pour transmettre des mots, mes mots, à mes enfants.
C’est à travers ces mots, comme des traces, que la vie continue.
Et pourtant, c’est le silence de mon père qui me tue chaque jour un peu plus.

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